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Hobbycar B612 : elle a pris l’eau (1994-1995)

Hobbycar B612

Retour sur un drôle d’engin, si vous nous lisez régulièrement, on se débrouille toujours pour mettre la main sur des licornes de l’automobile. Nouvel exemple aujourd’hui avec la Hobbycar B612. Cette drôle de voiture, amphibie, voit le jour en 1994 avec un ancien de chez Renault Sport et un roi du pétrole, un beau projet qui a fini par prendre l’eau l’année suivante…

Un véhicule improbable

Le projet voit le jour durant l’année 1992, sortant de la tête d’un ex-Renault Sport en F1 : François Wardavoir. Le design de la voiture amphibie est signé Gérard Godffroy (papa de la Peugeot 205). Le tout financé par l’associé de François, Serge Desmarais, riche héritier du pétrole. La jeune société pose ses valises à Thenay, dans le Loire-et-Cher. Le timing plus que serré permet de sortir l’usine de terre rapidement, sur un total de 100 millions de francs (environ 24 millions d’euros en 2023), 67 millions (soit 1 plus d’un million d’euros) proviennent de Serge Desmarais. Une aventure extraordinaire commence en France, voire, du jamais vu !

Ce nouveau constructeur aux dents longues construit dès l’été 1992 une usine flambant neuve et ultra moderne qui occupe environ 30 hectares. Le site inclus, l’usine, mais aussi des pistes d’essais, un plan d’eau et un héliport (parce que.). Les deux hommes recrutent pas moins de 45 personnes pour la conception et la construction de l’étonnant véhicule. Le premier véhicule qui sort des chaînes de la nouvelle usine n’est qu’autre que la B612. L’histoire remonte même avant, dévoilée durant le Salon de Paris 1990 par le biais d’une maquette. Le premier prototype roulant sort en janvier 1993 avec la livraison des premiers exemplaires dès le début de l’année 1994.

Hobbycar B612, l’auto la plus mobile qui soit

Le concept de la Hobbycar B612 est particulier dans le domaine automobile. La voiture débarque sur un marché de niche, mais qui peut attirer une clientèle riche. La voiture prend le nom de B612, en référence au Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. L’engin se pose comme un hybride entre véhicule terrestre et bateau de plaisance. Lui manque plus que des ailes ! On remarque les feux avant d’Opel Astra et ceux d’une Alfa 145/146 pour l’arrière.

Pour le reste, c’est une structure monocoque en composites, composé de fibre de verre et carbone, pour mieux flotter sur l’eau et rembourrer de mousse dans les coins. Posé sur deux poutres en acier dit « superstructure » sur laquelle se pose un moteur PSA 1.9l diesel de 92ch de la Peugeot 405 pour le côté terrestre. Le moteur est conservé dans un caisson étanche pour éviter la noyade. Ce dernier affiche une V/max proche d’une Maserati avec 140km/h le vent dans le dos. Le véhicule hybride profite de deux moteurs hydrojet allant jusqu’à 10 nœuds (18.52km/h) pour le maritime. En réalité, le véhicule ne dépasse pas les 5 nœuds (9.26km/h).

Surtout, l’Hobbycar B612 profite d’une transmission intégrale et de la suspension hydropneumatique de Citroën. En outre, la garde au sol peut varier de 12 à 30cm. La voiture offre des couleurs vives, un toit et des parois façon Méhari et quatre sièges moulés de la même matière que la carrosserie et modulables. Ils peuvent faire face ou dos à la route… Ou à l’écluse. De plus, son tableau de bord est escamotable et reçoit un joystick de direction pour les voies fluviales. Un drôle de jouet qui s’adresse à une clientèle qui a du flouze.

Un scénario à la Titanic

Si le projet est beau, la suite se transforme en naufrage. À l’époque, tout le monde se demande qui va acheter le drôle d’engin. Alors à l’époque le patron rétorque : les gens avec un yacht et l’administration. La commercialisation commence avec un objectif de 1 200 véhicules/an. La marque ouvre sa première concession en plein Paris, Avenue de la Grande Armée et s’étoffe avec un réseau de concessionnaire. Cependant, le tarif délirant va devenir l’iceberg de l’Hobbycar B612. Le tarif démarre à 380 000 F (87 508€ de 2023) hors options et avec une fiabilité désastreuse de série. Nombreux sont les véhicules à revenir à Blois pour le SAV, qui n’en fera rien.

La faute à plusieurs erreurs de conceptions : le caisson moteur provoquant la surchauffe du pauvre moteur, un système électrique défaillant et sa boîte de transfert fragile. Il faut aussi rajouter que la voiture ne dispose pas de toit, détail corrigé par les propriétaires… eux-mêmes et par la marque par la suite ! Après seulement 1 an de production et 62 exemplaires construits, l’entreprise rencontre des difficultés financières qui vont la faire péricliter. La société Hobbycar dépose le bilan fin 1995. Avant d’être liquidée début 1996, faute de repreneurs.

La marque avait d’autres projets dans les cartons qui ne connaitront pas de suite comme le monospace Passport (Boîtier rouge, Carjager en parle ici). Malheureusement, avec les problèmes de fiabilité du B612, tout s’arrête. Selon le club et différentes sources, ils semblent que seule une poignée d’Hobbycar B612 on survécu à son constructeur dont le vert qui illustre l’article croisé lors de la Journée Nationale des Véhicules d’Epoque, à Crémieu. Pour la petite anecdote, certains exemplaires commandés avant la faillite ont été livrés en kit à leur propriétaire.

L’Avis des Cylindres :

Difficile d’avoir du recul sur l’état des Hobbycar B612, de nombreux exemplaires ont quitté la route faute de pièces ou de la possibilité de le remettre en état. Du coup, on est complètement dans le cas d’une licorne ! Attention aux modifications artisanales apportées par les précédents propriétaires comme le caisson du moteur ou encore de la boîte de transfert. On fera attention au réseau électrique.

Le moteur 1.9l de 92ch étant archi connu et fiable pas de soucis pour la mécanique et les pièces. Les éléments de carrosseries redemanderont d’être fabriqués à l’unité. Certains exemplaires restent désormais dans leur jus, avec des parties fragilisées ou manquantes.

Côté tarif, la rareté faisant le prix, il s’est vendu un exemplaire en 2021 par le biais d’Artcurial au prix de 29 800€. Alors si cette licorne vous tente, foncez !

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