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Voilà une voiture de mafieux, une vraie. La Chrysler 300C adopte une carrosserie façon voiture de gangster, malgré un partage de technologies avec la Mercedes-Benz Classe E. La berline américaine remplace d’une pierre deux coups, les vieillissantes Chrysler 300M et Concorde. Véritable rupture de style pour le constructeur, l’Américaine marque de son empreinte les années 2000 avec son style carré et son pavillon très bas. Retour sur une berline attachante qui marie le look américain des big three et technologie allemande.

La Chrysler 300C, avant tout une histoire de concept

À la fin des années 1990, Chrysler doit rebondir après l’échec de ses deux grandes berlines, les 300M et Concorde. Le style totalement biodesign à rencontrer un succès d’estime aux États-Unis, mais avec un manque cruel de qualité dans la réalisation des voitures, l’américain échoue en Europe. Pire, la marque se remet difficilement du cuisant échec de la petite berline Néon. Du coup, Chrysler se rapproche de l’allemand Daimler (propriétaire de Mercedes), au menu : réduction des coûts, partage des plates-formes et développement en commun.

Revenons quelques années en arrière, précisément en 1998, la marque américaine dévoile le concept Chrysler Chronos. Ce concept-car comme bien d’autres surfent sur un mouvement naissant dans le monde auto : le néo-rétro. Pour le coup, point de citadine comme en Europe, les Américains font ce que les Américains savent faire, non pas des armes, mais une grosse berline. La Chronos s’inspire délibérément de son aïeul des années 50. En ressort une berline digne des meilleurs muscle-car avec sa ligne à la fois arrondie et massive. D’ailleurs, la plus vieille modèle 300 n’est qu’une muscle-car puissante et réputé en Amérique du Nord. Le concept embarque pour l’occasion un moteur V10 6.0l de 350ch. Le design est réalisé par Ralph Gilles, désormais patron de Chrysler (enfin ce qu’il en reste).

En 2003, c’est encore sous la forme d’un concept que la Chrysler 300 revient. Les Américains ont l’art et la manière pour annoncer leur nouveauté. Cette fois, la berline reflète à 95% la version définitive. La berline annonce ce qu’il faut de néo-rétro et d’agressivité en remettant au goût du jour la ligne de la 300 des années 50. Toutefois, le design extérieur n’est pas l’œuvre de Ralph Gilles, mais de Burke Brown. L’année 2004 marque l’arrivée de la version définitive et le début de sa production pour le millésime 2005.

Chrysler Chronos Concept et Chrysler 300C

De la Chrysler C-300 à la 300C

Chrysler rend hommage à l’instigatrice de la lignée, par le rappel fait au patronyme de la muscle-car. Si Chrysler 300 marque les esprits, seuls les aficionados savent que la berline des années 50 se nomme réellement C-300. Du coup, quand on fait une berline qui s’inspire d’une autre, on fait quoi ? On recycle le patronyme ! Pour continuer dans l’esprit rétro, le client américain avait le droit de choisir le design de sa calandre. Pour compléter le look, la berline conserve certains éléments de style du concept ; comme la finition en écaille de tortue sur le volant et le levier de vitesse et des éléments chromés à l’intérieur.

Chrysler 300C

Les rumeurs et les légendes plus fortes que tout

Contrairement aux idées reçues, le châssis de la Chrysler 300 ne provient pas de chez Mercedes, mais provient de la berline LHS (ou Concorde selon les marchés). Datant du début des années 1990, il accuse le poids des ans. Surtout, la plate-forme LH (utilisé aussi sur la 300M) n’est pas prévue pour la propulsion, il s’agit en réalité d’un châssis traction avec la possibilité de le basculer en quatre roues motrices. Les ingénieurs américains modifient la plate-forme pour qu’elle devienne propulsion et voici la plate-forme LX. Du coup, la nouvelle 300C respecte l’ADN de la lignée des 300-series.

Mais alors comment la rumeur d’un châssis Mercedes a pu naître ? Il semble qu’après la fusion entre Daimler et Chrysler en 1998, les Allemands ont adopté un comportement de dictateur sur les Américains (dictature, seconde guerre mondiale… tradition allemande). Au point que les Américains ne soient agacés par leur manière de faire. Pour la Chrysler 300C, la technologie et la technique sont un mélange entre technologie allemande et américaine. Pour ce qui concerne réellement les composants d’origines Mercedes : on peut citer les suspensions arrière, le moteur V6 diesel, les composants électriques de la Classe E W211, les cadres de sièges avant, la colonne de direction, la boîte automatique à 5 rapports et son système dérivé de la transmission intégrale 4Matic.

Néanmoins, le mélange curry wurst-burger fonctionne puisque la berline remporte plusieurs trophées. En 2005, la 300C est récompensée du trophée de la Voiture de l’Année Motor Trend. Car and Driver la classe sur la liste des dix meilleures voitures entre 2005 et 2006. En France, l’Automobile Magazine l’a nommée Automobile de l’Année. Des prix et autres trophées, elle en remportera à plusieurs reprises. Au final, la 300C reste l’une des berlines les plus primées de la marque. Une réussite au point où l’Américaine va très loin dans la compétition de la voiture mondiale de l’année 2005, elle termine finaliste et ex æquo à la cinquième place avec la BMW série 1.

intérieur Chrysler 300C

La Chrysler 300C arrive sur le marché

La grosse américaine débarque sur le marché nord-américain au mois de septembre 2004 et en Europe dans la foulée. Le succès est immédiat avec sa ligne de bagnole de gangster ou encore de Bentley du pauvre (son surnom au Royaume-Uni). Sa grosse calandre, ses lignes droites, sa ligne de caisse haute, son vitrage fin ou encore ses feux arrière rectangles font mouche. Avec autant d’éléments de style brut, la berline et le break bénéficient d’un CX de seulement 0,33.

Sous le capot, le retour de la propulsion permet à la marque de la gaver de gros moteurs. En France, la marque propose les V6 2,7l et 3,5l alliés à une BVA 4 rapports, hérités de la berline 300M. Mais le moteur qui chapeaute la gamme, dit 300C, est des plus bouillants avec un V8 « Hemi » 5,7l façon muscle-cars de 340ch. La 300C et son V8 se déguste en BVA 5 rapports, fournis par Mercedes-Benz. En 2008, la version 300C passe à 360ch.

Pour séduire l’Europe, Chrysler dote sa gamme d’un grand break, le Touring, qui privilégie l’Europe, mais sera également disponible en Asie et principalement en Australie. Toutefois aux US, le break fait le voyage sous la marque Dodge avec le patronyme Magnum. La soute est cathédrale avec un volume maximal de 2 026l ! Pour pouvoir avoir des délais plus courts, la berline et le break sont fabriqués à Graz, chez Mana-Steyr et au Canada à Brampton dans l’Ontario pour les marchés nord-américains. Comme toutes Américaines qui se respectent, elle est lourde (très) lourde : entre 1805 et 1910kg selon les versions pour des consommations abyssales comprises en 8,2 et 15l. Le confort de conduite fait qu’on lui pardonne ces défauts, la berline se dote d’une double triangulation à l’avant avec des barres antiroulis et un essieu arrière multibras lui aussi secondé par des barres antiroulis.

L’unique moteur V6 3.0l diesel de la 300C provient de la banque d’organe de Daimler (et donc de Mercedes). Il dérive de la première génération de Mercedes ML. Il est uniquement vendu en Europe et développe 218ch pour 510 Nm. Pour le coup, c’est le moteur le plus économique de la gamme avec une conso sous les 10l, avec 8,2l en conso mixte. La puissance est accessible dès 3800tr/min et les 510 Nm de couple dès 1 600tr/min. Pour atteindre les 100 km/h, il faut seulement 7,9 secondes et une V/max autobloqué à 225km/h comme les autres blocs. D’ailleurs, le V6 Mercedes réalise le plus gros des ventes… En Europe.

Niveau tarif, l’Américaine se montre plutôt intéressante, se situant entre 34 900€ et 39 500€ (44 472€ et 50 334€ de 2023). L’équipement se montre luxueux avec la radio CD, la sellerie cuir à réglages électriques, la clim auto ou encore 6 airbags. La version V8 demande de son côté au minimum 54 900€ (69 958€ actuels). La 300 V8 ajoute notamment le GPS et le toit ouvrant dans la liste des équipements de série.

Chrysler 300C

Le cas Chrysler 300C

Prenons un peu de temps pour apprécier la version qui va faire de la 300C une légende de la gamme Chrysler. Sous le capot c’est donc un moteur V8 maison d’une cylindrée de 5,7l qui officie. Le bloc Hemi se dote du système MultiDisplacement System (MDS), qui lui permet de fonctionner sur quatre cylindres lorsqu’il y a besoin de moins de puissance. Garantie d’une baisse de consommation de carburant et de moins d’émissions. La 300C annonce tout de même une moyenne (gargantuesque) de 16l aux 100km en ville et retombe à 10l en mixte.

Le couple, très proche d’un camion, annonce 529 Nm. Il s’agit tout de même d’une voiture américaine alors que la Chrysler se dote en 2008, d’un système satellite Sirius pour la radio et… la télévision à l’arrière ! Le bloc reçoit des culasses avec une configuration d’arbre à double culbuteur, came en bloc et un poussoir OverHead Valve (OHV). Pour supporter l’allumage, le moteur s’équipe de deux bougies par cylindres, pour une meilleure combustion du mélange air/carburant, pour la réduction des émissions (Mort de rire).

Chrysler 300 C SRT-8
La Chrysler 300C SRT-8 relativement discrète cache bien son jeu

La 300 SRT-8

Le V8 Hemi ne vous convient pas ? Pas assez puissant ? Manque de sportivité ? Alors on sort notre carte joker ou plutôt SRT-8. Sous le capot, le V8 Hemi passe à une cylindrée phénoménale de 6,1l pour 431 ch à 6200 tr/min ! Si papa est pressé, il peut opter pour la version Touring avec sa vaste soute. Ce monstre développe un couple encore plus délirant de 569 Nm à 4800tr/min. Le 0 à 97km/h s’obtient en seulement 4,9 secondes ! La vitesse de pointe monte à 274 km/h, pas mal non ?

Chrysler 300C et 300C Touring

De la Bentley du pauvre à Drake

Petit point culture, rares sont les voitures à devenir des monuments de la pop culture et pourtant la Chrysler 300 obtient ce titre honorifique. La famille Obama possédait une Chrysler 300 (revendu aux enchères sur eBay), en passant par de nombreux clips de rap. En 2004, Snoop Dogg fan du modèle contact directement le PDG de Chrysler, Dieter Zetsche, pour avoir un exemplaire unique. Snoop Dogg (entre deux joints) et Lee Lacocca feront cause commune pour vanter la berline. Ralph Gilles déclare de son côté que la 300 a obtenu un statut d’icône pour la marque.

Le site Complex.com, classe 12e la Chrysler dans le top 25 des voitures hip-hop les plus emblématiques. Enfin, Drake, sur l’album Views (2016), décrit la 300 sur le titre « Keep The Family Close » en décrivant la berline de la sorte : « Je t’ai toujours vu pour ce que tu aurais pu être / Depuis que tu m’as rencontré / Comme quand Chrysler a fabriqué cette voiture qui ressemblait à la Bentley ».

Face à ce succès, la Chrysler 300C ne va pas véritablement évoluer si ce n’est la possibilité d’opter pour la transmission intégrale à partir de 2005. En 2008, le style évolue en discrétion avec un restylage très léger. Sans être un immense succès en Europe, la Chrysler s’écoule à un peu plus de 50 000 unités. Très exotique pour les Européens, la berline et le break disparaissent en 2011, laissant la place à une nouvelle génération qui devient pour l’occasion… La Lancia Thema avec le rachat de Chrysler par Fiat (donnant naissance à FCA).

Chrysler 300C
En 2007, le facelift se montre très discret, l’intérieur des feux évolue principalement

L’Avis des Cylindres :

La Chrysler 300C a presque tout pour elle, à commencer par une singulière fiabilité sur les blocs essence d’origine américaine. Concernant le bloc diesel, ça se gâte : le V6 d’origine Daimler connait des maux récurrents à ce type de bloc, comme l’encrassage du filtre à particules, la vanne EGR ou encore le boîtier d’accélérateur. Pour le reste la voiture peut subir des avaries électroniques affectant le système multimédia ou la clé. La finition du mobilier, un peu légère, engendrant quelques bruits. Le bloc V8 Hemi, fatigué par son poids, le système de suspension qu’il faut remplacer tous les 70-80 000 kilomètres.

Du côté des tarifs, on trouve des 300C en version diesel à plus de 300 000 kilomètres pour 5000€, pour les blocs essence, les prix grimpent. À 200 000km, peu importe la motorisation, la berline et le break, réclament au minimum 10 000€. Plus la cylindrée monte, plus le prix suit l’augmentation. À kilométrage équivalent, un 3,5l demande 12-13 000€. Selon le kilométrage, une version V8 Hemi se négocie dès 12 500€ pour 150 000 kilomètres. Les plus beaux exemplaires dotés du V8, avec moins de 120 000 kilomètres, se situent entre 20 et 30 000€. Attention, certains véhicules ont été convertis au GPL ou à l’E85, bien vérifier la conformité de l’installation.

GALERIE

VIDEO

Via Complex, ARonline, Wikipédia, Chrysler

Guillaume Pina

Passionné par l'automobile depuis tout petit, j'adore l'automobile ancienne, mais aussi les plus récentes. Je m'intéresse tout particulièrement au design des voitures, les anecdotes autour de leur conception et encore plus quand elles ont fait un flop !

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